mercredi 11 septembre
Hôtel à Feurs
Toute la chambre tremble au passage des trains.
Nuit agitée, esprit en ébullition.
8H30, on saute sur nos vélos sans avoir bu de café. La ville est incongrue pour nous et nous sommes incongrus pour elle, c’est avec joie que nous bifurquons sur la petite route de campagne qui nous mène à Balbigny. Vincent est prudent et concentré sur la chaîne et le plateau du moteur de Boldomélok. La réparation d’hier semble tenir. Il s’est levé très tôt pour resserrer les boulons. La route déroule son ruban sous nos vélos, je regarde la couture régulière des bandes blanches sur le bas côté. J’ai un peu froid et un peu mal au cul aussi.
Première escale à la mairie de Balbigny : Non, y a pas de service culturel, non. Y a bien un adjoint mais il est pas là...nous répond la secrétaire de mairie derrière ses lunettes. Pour elle aussi, nous sommes incongrus.
Faut dire, sous mon casque rose, j’ai ma tête de pas réveillée, ça y fait aussi.
Il est tant de prendre un café-croissant au bar du coin.
Entre Jean, grand, pull bleu, de la prestance.
Il s’attable avec nous et commande un café : Je vous ai vu passer tout à l’heure, ça m’a interpellé, j’ai fait demi-tour. Racontez-moi !
On raconte, qui on est, d’où on vient, notre projet d’écriture de spectacle au fil de l’eau. Lui aussi a fait la Loire à vélo cet été avec sa compagne, il partage son expérience. Il est compagnon du devoir menuisier, maintenant à la retraite. Agnès, son amie est directrice de l’école juste à côté. Jean nous offre nos cafés, et nous passons avec lui saluer Agnès. En repassant l’an prochain, pourquoi pas une rencontre avec les élèves ?
Ensoleillés par cette jolie rencontre nous poursuivons. La route serpente et grimpe, la batterie du vélo de Vincent, qui tire la charrette, se décharge plus vite qu’escompté.
Nous voilà à St Georges en Baroille.
Pas un chat.
On fait le tour de la mairie fermée à la recherche d’une prise? Sans succès.
On se décide à sonner à la maison d’à côté pour demander l’hospitalité électrique, histoire de recharger un peu la batterie du vélo.
Jean-Pierre sort de son garage, il a pas entendu la sonnette mais tire de suite un câble pour qu’on se branche. Il questionne, on raconte notre projet. Il est ancien maire, et nous apprend avec passion des tas de choses sur sa commune : le village est un village de potiers. Il a conservé de très anciennes poteries qu’il nous montre. Yvette passe la tête de son balcon, : « Bonjour, vous voulez un petit café ? » On accepte, juste le temps que les batteries se rechargent ! Et nous voilà partis à discuter: la vie, la santé, la politique, le gaspillage de fond publics, l’engagement que ça représente d’être maire d’une petite commune, la tradition de la poterie, la dictée organisée chaque année, qui rencontre un franc succès. Chaque participant se voit offrir un bol tourné par un artisan potier du coin. Nous repartirons chacun avec le notre, soigneusement empaqueté dans nos chaussettes.
Et puis L’A.S.S.E, le stade Geoffroy Guichard à St Etienne, l’institution que ça représente, la transmission de la passion aux enfants, les petits enfants qui jouent au foot…. Et cette année, où, tout jeunes mariés, ils avaient été attendre l’équipe à l’aéroport pour les fêter. La tendresse de ce souvenir, l’émotion qu’elle procure nous bouleverse tous les deux. Pour remercier, Vincent joue un petit air d’accordéon. On est bien, chez Yvette et Jean-Pierre, on se sent un peu en famille. Le rôti est en train de cuire, Yvette propose de le partager ; Nous acceptons, leur générosité nous touche. Ce n’est pas un repas, mais un festin qu’elle à préparé : saucisson de pays, rôti de porc délicieusement cuit servi dans son jus. C’est lui la star, les légumes viendrons après ! Yvette est d’une famille de tripiers, un beau métier qui se perd. Nous repartons 3 heures après notre arrivée, réchauffés par la chaleur et l’humanité de ces deux belles personnes.Nous les emportons avec nous.
En dévalant les pentes vers Bully, les vaches nous saluent, paisibles ou craintives, c’est selon.
Magie du voyage, la pluie se met à tomber juste au moment ou nous tournons la clé de la porte du chalet que nous prêtent pour la nuit Dominique et Chantal.
Au sec et au chaud, nous laissons les frelons qui logent dans le pignon dormir tranquille, et profitons de la soirée pour avancer à pas de géant sur notre scénographie, nos protagonistes, les enjeux qui les animent, le fleuve, ce qu’il a nous dire.
Un chevreuil passe dans le cadre de la fenêtre.

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